Publi le dimanche 25 mai 2008
Dimanche 25 mai 2008
BRISER LA CHAÎNE DU SUICIDE ( PREMIÈRE PARTIE )
IL ÉTAIT UNE FOIS Septième d’une famille de huit enfants, je suis née sous une bonne étoile, le 22 avril 1956, dans la magnifique ville de Saint Georges de Beauce. De nature extravertie en plus de jouir d’une santé florissante, je mordais à pleines dents dans la vie. La vie ordinaire du simple quotidien me fascinait et m’emballait, tout simplement. Mon enfance se déroulait dans la plus belle harmonie, la fraternité, la paix, la joie et le partage au quotidien. En dépit de la classe financière moyenne de mes parents, je n’ai jamais manqué de l’essentiel. J’adhérais naturellement et de toute évidence, à une parole évangélique : la véritable abondance loge avant tout, au fin fond de l’intelligence du cœur. Ma force la plus élevée se transformait en certaines occasions, en faiblesses : ma simplicité naturelle et ma transparence. Ouverte d’esprit, excessivement curieuse et libérale dans mes opinions, je foutais en certains cas des bâtons dans les roues aux individus snob et présomptueux. Réservée, débrouillarde et recherchiste à mes heures, j’émergeais dans la majorité des cas, des pires circonstances. Mes loisirs et divertissements favoris penchaient vers l’écriture, la lecture, la photographie, les pièces de théâtre inventées en classe, le cinéma, la natation, le plein air, le camping, de même que les jeux en société. Je prenais grand plaisir à côtoyer des individus, aux tempéraments calmes, pacifiques et transparents, ayant une remarquable beauté d’âme. Mon exceptionnelle amie d'enfance détenait cette attachante personnalité. Je tombais facilement en pâmoison, au contact des êtres sages et humanistes, possédant une grande force de caractère et d’esprit, combiné d’un authentique sens de l’humour. Les personnalités aux talents artistiques, me fascinaient. Ma famille en était remplie. Quant à moi, je prenais surtout plaisir à découvrir les talents des autres: j'ai appris tout dernièrement par une grande artiste pianiste, que je serais mélomane. C'était donc la raison pourquoi je ne me trouvais pas de talent artistique. Et c'est toujours ainsi aujourd'hui. Bonne lecture à tous ! QUITTER LA PÉNOMBRE POUR L’ESPÉRANCE L’espérance est un risque à courir (Georges Bernanos). BRISER LE MUR DU SILENCE Détruire le mur du silence, se départir de ses illusions et sortir de ses ignorances est une responsabilité individuelle et collective. Je brise le mur du silence sur le délicat sujet du suicide, chez les jeunes de 7 à 107 ans. Voici la première partie du récit romancé, des délicats évènements qui m’ont incitée à tenter de tirer ma révérence, c'est-à-dire de faire une tentative de suicide le 25 avril 1993. LA VOIX DES SANS VOIX Briser les chaînes du suicide est une histoire vraie, réaliste et légèrement romancée. La plupart des personnes concernées dans ce récit, auront une identité métamorphosée. Alors, si vous croyez vous reconnaître, ce ne sera que pur imagination ( avec humour bien sûr). Ce n’est pas à cause de ma vertu et encore moins par l’écriture automatique, que j’ai composé la plus difficile partie de ma magnifique histoire d'amour avec la Vie. Je puise la plupart des évènements, directement à la source de ma mémoire et de mes souvenirs. Briser les chaînes du suicide prend la forme d’une confidence intime adressée à chaque lecteur et lectrice, de ma page personnelle; qu’il habite au coin de ma rue ou à l’autre bout du monde. Mes propos sont parfois émouvants et dérangeants, quand ce n’est pas tout simplement, choquants et emmerdants. J’utilise un langage simple, populaire et accessible autant aux jeunes adolescents qu’aux adultes. Ces révélations intimes seront possiblement le porte-voix de nombreuses personnes prisonnières d’oppressants secrets personnels, mais aussi des lourds secrets médicaux, ainsi que les secrets de familles et de société. Les blessures morales ajoutées à la douleur chronique au dos, ont pris le dessus sur ma joie de vivre habituelle, comme sur ma persévérance et ma détermination. Que ce soit en lien avec la souffrance physique ou psychologique, ou encore avec d’autres dépendances, telles : la boisson, la drogue, le jeu, l’abus des études ou du travail, la dépendance affective, la sexualité débridée etc. La détresse humaine ne se mesure pas, ne se compare pas, mais elle se ressemble et se partage. Mettre au jour davantage de lumière sur ces événements s’insère dans le processus naturel, de guérison des blessures et des souvenirs. Je surmonte les dernières barrières, de la culpabilité, la honte ainsi que de la peur des jugements et du mépris des gens. Sans oublier l’augmentation possible des chuchoteries et commérages des chipies du quartier. Ce dernier pas nécessite une surdose de cran et d’audace. Tout comme je le ferais lors d’un témoignage à une réunion : Mon nom est Patricia. Comme dit un de mes copains : « Rescapée des enfers et survivante de l’asile », je suis devenue à vrai dire, une personne émotive au début d’octobre 1984, suite à un important choc émotif. Le but de mon récit : Inciter les jeunes, à briser le mur du silence, participer à la diminution des multiples préjugés, soulever des réflexions individuelles et collectives et communiquer un message exceptionnel, d’espérance. Je t’invite dans le jardin intérieur des souvenirs de mon passé, toujours bien inscrit dans ma mémoire, comme dans les tas de documents médicaux, légaux ou multiples correspondances. QUITTER LA PÉNOMBRE POUR L'ESPOIR Je viens à peine de franchir mes huit ans, qu’une tragédie inattendue survient dans ma famille. Du jour au lendemain, mon grand frère Serge, que j’affectionne plus particulièrement, sombre dans une profonde dépression. C'était terminé les cours que je recevais de mon grand frère Serge, sur la vie politique au Québec; il affectionnait particulièrement l'homme politique, Monsieur René Lévesque. Il m'a fait découvrir les chansons québécoises qui sont toujours mes musiques favorites. Les jeux de dames, de cartes, la pêche sont devenues des merveilleux souvenirs du passé, entre Serge et moi. Rien ne laissait présager un tel détour vu sa nature ingénieuse, idéaliste et créatrice. Son côté intellectuel, sa force de caractère et sa vivacité d’esprit me fascinent et me séduisent. Mon héros favori et mon frère idéal : voilà ce que représente à mes yeux, mon grand frère Serge. Il revient de son travail d’été en Ontario, triste comme un bonnet de nuit. Je ne comprends plus rien, tellement mon frère est méconnaissable. Je me sens démunie et faible devant cette situation embarrassante, voire même gênante et honteuse, dans la famille et dans la société. Serge a désormais la mort dans l’âme. Tous ses meilleurs amis l’abandonnent à tour de rôle, confrontés à leurs limites. Mon héros à la triste figure me désole. Les derniers souvenirs que je conserve de mon grand frère, restent gravés dans ma mémoire. Agenouillé auprès de son lit pour réciter comme d’habitude sa prière matinale, Serge me sourit tristement et du signe de la main, m’envoie son dernier au revoir. Je savais que je conserverais pour le reste de mes jours, ce souvenir trop émouvant, au creux de ma mémoire. J’ignorais à ce moment-là qu’un événement, en apparence banale, viendrait tôt ou tard, mettre en branle, un scénario semblable. CE N’EST QU’UN AU REVOIR Les instants passés en présence de mon frère Serge, évoluaient en heures pénibles et désagréables. Sa manière bizarre de me serrer le cou jusqu’à ce que je suffoque, me terrorisait. Des fois, il se faufilait à l’improviste dans ma chambre, pour m’étouffer juste avant de m’endormir. Subitement, il s’arrêtait en me soufflant à l’oreille : « Je reviendrai finir cette nuit ». Son regard fixe me flanquait des frissons dans le dos, de même que la chair de poule. Une réelle terreur me glaçait les veines, lorsqu’il me racontait en détail, ses traitements d’électrochocs vécus à froid, lors de ses séjours en psychiatrie. Je livrais à certains moments, mes ennuis et mes hantises à mes parents. Ceux-ci se saignaient aux quatre veines, pour me rassurer et me protéger, au meilleur leurs capacités. Je ressentais, à quelques exceptions près, être coincé dans un sentiment de trahison, à l’égard de Serge. Tout jeunes, les serrements de cœur, les sentiments de profonde impuissance, de honte et de culpabilité, planaient comme des ombres noires, dans mon subconscient. À certains moments, j’avais le toupet d’acheminer cette minable prière, à destination du Papa des Cieux : que Serge sacre une fois pour toutes, son camp du nid familial. Habituellement, Serge n'aurait jamais fait de mal à une mouche; encore moins à sa petite sœur et à qui que ce soit; il était très malade. Sa maladie imposait tout bonnement, la loi du silence. Le nouvel entourage obscur du monde de la drogue, rôdait autour de Serge. J’observais, avec circonspection, les grandes personnes de ma famille, discutées, à la dérobée, de cette désolante situation. De nature sensible, je ressentais aisément leurs sentiments et leurs chagrins. Une détresse psychologique, silencieuse et pernicieuse transformait avec une main de maître, mon adolescence en cauchemar. À peine vingt-deux ans, Serge choisissait sans doute avec regret, de fermer les livres, par un acte de détresse : le suicide. En dépit de cette malheureuse coïncidence, j’éprouvais une réelle délivrance de son départ inattendu. Je me contrebalançais à ce moment là, qu’un évènement semblable puisse venir déclencher un scénario presque identique. Selon ma perception des évènements et en dépit des années et des apparences, les personnes qui n'ont pas réglé l'histoire d'un être cher décédé par le suicide, ne se remettront de ces épisodes dramatiques, qu’aux calendes grecques. DANS L’OMBRE DE MON FRÈRE SERGE Mon adolescence se prolongeait dans l’ombre de mon frère Serge. Par mesure de protection, j’enfouissais ces déchirants souvenirs, dans un tiroir profond de mon subconscient. Par la force des choses, le masque de clown et le jeu de l’autruche, maintenaient viscéralement en vie, mes boucliers de protections et mes armes de défense. Dans ces conditions, s’amorçait mon arrivée dans le monde des adultes. J’investissais mes énergies dans les études, dans l’espoir secret de devenir travailleuse sociale. Bon an, mal an, je filais ma route, comme si tout était satisfaisant, autant dans ma vie personnelle, que familiale et sociale. Cette désolante page de mon passé se fermait, à perpètre, pour mener une vie ordinaire, en apparence simple, heureuse et sans histoire. Je me souvenais, à de rares exceptions près, d’une force intérieure qui habitait mon âme, à une époque lointaine. DEMANDE DE L’AIDE Accablé sous le poids du chagrin, mon père Victor exaltait son dernier soupir sous mes yeux, lorsque j’avais seulement dix-sept ans. Seules, les larmes invisibles de mon cœur, me révélaient ma profonde nostalgie. Les larmes de mes yeux ne fonctionnaient à peu près plus. Trois jours après son décès, un rêve sublime du matin, m’apportait, à la fin du compte, un réel réconfort : Vic me prenait affectueusement dans ses bras, et me glissait délicatement dans le creux de l’oreille, et ce, à deux reprises : « Patricia, demande de l’aide ». Ainsi, j'ai mieux accepté le décès trop rapide de mon père. Nouvellement acoquinée de mon premier ami de cœur, depuis trois mois, je me sentais mieux soutenue et encouragée pour traverser le départ soudain de mon père; deux ans après celui de mon frère Serge. Son tempérament fort, mais réservé et pacifique, de même que son côté réaliste et sérieux, me convenait, par-dessus tout. Au salon funéraire, on s’apprêtait à fermer le cercueil, lorsque soudainement, j’ai réussi à pleurer à chaudes larmes. Ma vulnérabilité, ma fragilité et ma grande sensibilité se dévoilaient au grand jour. Sans crier gare, j’éprouvais une envie de donner de la voix publiquement, à ce sentiment d’abandon, non négligeable. Je me ressaisissais, en deux temps trois mouvements, de ces soudains instants de grandes faiblesses. Les débordements émotifs n’avaient pas vraiment leur place, dans mon environnement immédiat. Affectueusement, mon nouvel ami de cœur me réconfortait dans ses bras. Je ressentais inconsciemment une étrange impression : celle de reconquérir, non seulement les bras de mon père Victor, mais possiblement les bras de mon frère Serge. PORTE TA CROIX MAIS PAS CELLE DES AUTRES, ET SUIS-MOI À dix-sept ans, je parvenais à peine à reconnaître et à exprimer intelligiblement, mes besoins véritables. J’éprouvais une brisure profonde avec mes émotions et mes sentiments. Impossible pour moi de partager mes chagrins ! Sans trop m’en rendre compte, je commençais déjà à m’isoler dans cette souffrance. Habituée de composer avec une neutralité affective et le déni, je croyais en toute bonne foi, que mes problèmes ne s’avéraient plus si essentiels. Briser ce mur du silence demeurait au-dessus de mes forces, même si je brûlais d’envie au plus haut point, de parvenir à mieux saisir le geste de désespoir, de mon grand frère. Mes ressources semblaient tellement limitées pour mener à bonne fin ce désir, quant à peine sortie de la petite enfance, je portais déjà sur mes fragiles épaules, un fardeau trop lourd . A l’âge de dix-sept ans, je suis invitée à participer à une rencontre pour les jeunes, à la Maison Jésus Ouvrier de Québec. Lors d’un agréable et important rendez-vous de discussion avec le prêtre responsable, M.Tremblay; je parviens enfin à me libérer des secrets de mon adolescence : la maladie et le décès tragique de mon frère Serge, suivi du départ inattendu de mon père Victor, décédé sous mes yeux, alors que je n’avais que dix-sept ans, d’un infarctus du myocarde. Pourtant, je lui avais donné la respiration artificielle apprise au terrain de jeu municipal. Hélas, son heure était arrivée; à l’hôpital, ils m’ont assuré que papa était bien décédé, avant que je lui donne la respiration artificielle. L’impression qu’il respirait à chaque bouffée d’air que je lui donnais; n’était que mon souffle qui sortait de sa bouche. Je ne me suis jamais sentie coupable par la suite, du décès de mon cher papa. A la fin du repas de groupe lors de cette thérapie, le prêtre me glisse une petite serviette de table, sur laquelle était inscrite ses mots : « Patricia, tu dis des paroles renversantes, avec une simplicité désarmante. » Je me sentais décidément, comprise, accueillie et libérée, de cette servitude. Après quoi, je bouclais avec nostalgie, ces sinistres épisodes du bon vieux temps. Ma route se poursuivait, simplement et candidement. Les personnes dépressives ou atteintes par la maladie mentale, c’est-à-dire, les mal-aimés et les lépreux de l’esprit, avaient intérêt à se tenir éloignées ; comme si, la maladie mentale était contagieuse. Instinctivement, je fuyais malheureusement ma propre souffrance endormie, au tréfonds de mon être. VA LÀ OU TE PORTE TON CŒUR Tous mes projets et nobles rêves de jeune fille, se réalisaient, comme par magie, les uns après les autres. Après quatre ans de sérieuses fréquentations avec mon amoureux, voilà la réalisation de mes rêves : le mariage, la famille, le travail et la naissance d’un enfant. À ce moment-là, je ne me souciais pas qu’une thérapie en profondeur, serait préférable à vivre le plus grand rêve de ma vie de jeune fille : Unir ma destinée avec l’élu de mon cœur, par le sacrement du mariage. Quelle ignorance logeait dans mon cœur, si naïvement; mais aussi, quelle ignorance dans la société ! Je crois bien que plusieurs personnes se sont unies par les liens sacrés du mariage, bien avant de régler des profondes blessures d’enfance, souvent jamais révélées à qui que ce soit, pour être aider et mieux vivre une histoire aussi importante que le mariage. Mais encore faut-il en être conscient à ce bas âge ? Je n'entrerai pas dans le sujet personnel de mon histoire intime de mon mariage, puisque cela concerne une autre personne formidable qui n'a pas à entrer dans mes récits; vu que le mariage est aussi un secret de la caramilk. PRENDS TON GRABAT ET MARCHE Mon travail sur la route comme courtier d’assurance-vie, m’emballait et m’enthousiasmait par-dessus tout. Des cours de perfectionnement, au Cégep et à l’Université, en prévision de décrocher mon diplôme de courtière d’assurance-vie agréé, s’ajoutaient à mon horaire habituel. Mon orientation professionnelle empruntait une tournure tout à fait différente de ma vision d’adolescente, mais combien enrichissante et passionnante. Mieux encore, un autre grand désir s’était concrétisé : vivre un scénario distinct du profil familial. Un jour ou l’autre, chaque être humain peut être sorti doucement ou brusquement, de ses routines quotidiennes, et ce, souvent par un évènement inattendu tel : la douleur, l’itinérance, une faillite personnelle, la perte de son emploi, la fin de sa carrière, de son travail, un épuisement professionnel, un divorce, une maladie, un accident imprévu, une procédure judiciaire inattendue, le décès d’un être cher, une tentative de suicide d’un proche, et tant d'autres dépendances de toutes sortes. Inscrivez celles qui vous conviennent le mieux. LA PLUME EST LE LANGAGE DE L’ÂME (Michel de Cervantès) A travers le lot de difficultés rencontrées, j’ai essayé d’utiliser des tas de trucs pour m’en sortir, pour retrouver ma liberté reçue à la naissance, celle que personne ne peut me dérober. C’est à travers les chemins périlleux et audacieux pour retrouver l’espoir, le courage, la force, le partage, la justice, la solidarité, que j’ai pu retrouvé mes vraies valeurs de base. Un jour, un vieux grincheux au pouvoir bureaucratique donnait des entrevues aux médias du Québec; dans une des plus importantes revues du Québec, je me suis sentie discréditer et rabaissée au dernier rang; "Patricia est l’artisane de son propre malheur. Cette femme est une ci et une ça; elle agit comme ci et comme ça etc.". Je n’étais pas pour donner suite à ces méchancetés gratuites, puisque mon état de santé s’avérait trop fragile à l’époque. Ce qui m’a attristé le plus : on ne m’a jamais rejoints à l'époque pour donner ma version des faits, à ce sujet; ce que j’ai trouvé très injuste venant d'un magazine supposément professionnel et neutre, à qui je ne m’étais jamais adressée et qui ne me connaissait pas du tout. Je me rendais à un de mes rendez-vous chez le psychiatre, quelques mois après ma tentative de suicide. Le magazine en question était déposé sur la table d’attente, près du bureau du professionnel. Pendant quelques secondes, une pensée sombre m’a traversée l’esprit, en feuilletant cet article. Immédiatement, j’ai rejeté du revers de la main, cette idée noire ainsi que cette maudite revue. Donc, pour revenir à ce vieux grognon, je le prenais plutôt à l’époque pour un vieux fou qui radotait n’importe quoi; si bien que je ne lui ai accordé aucune importance. Comment une personne aussi affaiblie et démunie dans tous les sens du mot, peut-être entreprendre une défense devant tant de grossièreté gratuite ? Quelques années plus tard, j’étais emballée de découvrir que j’étais surtout l’artisane de mon propre bonheur. Puisque nous vivons en société, il faut prendre cette parole philosophique avec un grain de sel. Je crois sincèrement que nous sommes tous en quelque part, un peu responsable de notre voisin, de notre prochain, et de ce qui se trame à l'autre bout du monde. Sinon, autant aller vivre sur une île comme des sauvages solitaires. C'est si facile de détruire la réputation d’une personne ! Je retourne ce personnage grossier, vulgaire et pas délicat du tout, à sa propre conscience personnelle ! L’HOMME NE PEUT DÉCOUVRIR DE NOUVEAUX OCÉANS, À MOINS D'AVOIR LE COURAGE DE PERDRE DE VUE, LE RIVAGE.(André Gide) Peu à peu, je me suis rapprochée d’anciens adversaires redoutables, ne serait-ce que par la lecture de leurs commentaires dans les médias. Parfois, ils étaient de minables professeurs et quelquefois d’excellents maîtres, sur ma route. La plus grande leçon apprise d’eux : ne jamais sous estimer notre adversaire ! Chaque personne peut détecter sa place au soleil dans la société : peu importe l’apparence : beau, laid, petit, gros, gentil, méchant, pauvre, riche, heureux ou malheureux, en santé ou malade et handicapé. Finalement, il n’a pas vraiment des personnes handicapées, mais plutôt des situations très handicapantes ! Avec ardeur et beaucoup d’audace, j’ai recherché sans relâche mon cœur d’enfant, caché discrètement au plus profond de mon être. Il y a un prix à payer pour découvrir la liberté véritable. C’est dommage que depuis la fin mars 1990, la faculté de m’exprimer par la parole a beaucoup diminuée. Heureusement, que j’ai retrouvé peu à peu, le goût de partager par le biais de l’écriture. J’ai découvert à mon grand étonnement, que l’écriture était thérapeutique et libérateur pour moi, tout en donnant un peu d’espérance à ceux qui ont besoin de lire, ce genre de récit. Aujourd’hui, je ne fais plus comme si ces luttes n’avaient jamais existées. Sauf que je m’en sers plutôt pour continuer mon grand voyage intérieur qui va ressurgir un bon matin, vers l’extérieur. Plus j’attendais d’avoir l’air d’un ange pour partager ces perles aux autres, et plus je risquais d’avoir l’air bête. C’est donc à travers mes faiblesses que mes forces se lèveront sûrement peu à peu. Un coup du sort métamorphosait mon train-train quotidien, du jour au lendemain. Le 19 octobre 1981, paisiblement en route vers la résidence d’un client, dans le cadre de mon travail comme courtier en assurance-vie; un autre véhicule fonçait littéralement sur le mien, sans aucun signal avertisseur. Du jour au lendemain, j’ai du apprendre à composer avec la douleur constamment présente. Sans répit, je recherchais sans relâche, du soulagement à la douleur physique et morale ajoutée; mon existence si paisible se retrouvait empoisonnée du jour au lendemain. A vrai dire, je passais davantage pour une malade imaginaire. Comme tant d’autres, j’ai bravement porté la robe des fous, dans mon propre patelin en Beauce. Afin d’agrémenter le tout avec un brin d’humour : qui sait...comme l’apôtre Saint Paul, je vivais peut-être moi-aussi, constamment avec une écharde dans la chair ? Tous mes rêves s’écroulaient les uns après les autres, les fondements de ma maison extérieure et intérieure s’effondraient sous mes yeux, comme un ridicule château de cartes. Pourtant, je croyais avoir bâti ma vie sur des fondations très solides; j’étais désemparée devant tant de chemins inconnus. LES PETITS ET LES GRANDS DE CE MONDE SE SONT-ILS TOUS PENSÉS FOUS ? Du 19 octobre 1981 jusqu’à l’été 1998 : si je contrôlais bien mes émotions, j’entrais à l’hôpital pour le soulagement des douleurs physiques. Ensuite, je devais endure le pire presque à froid, et j'avais du mal très grave que je n'ai su qu'en 1997. Un brin de répit me donnait le temps de souffler à nouveau; ne serait-ce que pour me préparer pour la prochaine crise aiguë de douleurs au dos. Hélas, si je n’arrivais pas à rester calme, je prenais le chemin de la santé mentale; que je surnomme à l’occasion : l’asile psychiatrique; termes colorés ne serait-ce que pour amoindrir ces malheureux souvenirs. Ces bobos étaient considérés comme banals mais bizarres; j’étais bien la seule à croire qu’ils étaient bien plus que banals et vraiment bizarres ! Je continuais mon travail à temps partiel et non à temps plein; mes revenus baissaient d’années en années. Si bien que je me suis retrouvée complètement démolie et épuisée physiquement et psychologiquement. Un deuxième accident d’auto à la fin d’une grosse journée de travail, m’a prouvée que le temps de démissionner du monde du travail était bien arrivé. Curieusement, j’avais subi un choc nerveux suite à cet accident; mon auto fut mise au rancart, puisque les 4 roues étaient enfoncées dans le dessous de l’auto; tout comme on aurait dit que mes jambes étaient entrées dans le bas de mon corps. De nouvelles douleurs très pénibles se sont ajoutées lors d’une soirée en milieu hospitalier pour la douleur physique. Je n’avais pas grand choix; les policiers m’avaient conduits là où c’était bien ma place, vu un choc nerveux. Malheureusement, on m’a transférée dans le département de la psychiatrie, étant donné que je criais comme une madone dans l’eau bénite pour que l’on soulage ces douleurs aux jambes. On ne me croyait pas encore une fois, puisque aucune radiographie ne fut passée à ce moment-là. De plus, aucun rapport ne fut envoyé aux assurances d'auto et de travail; ni par les professionnels de l’hôpital pour les douleurs aux jambes, ni par le Docteur Prud'homme à l’hôpital psychiatrique, vu le choc nerveux, suite à ce 2ième accident. Hop-là, on m’a conduit en ambulance jusqu’au département de la santé mentale. Je n’ai découvert seulement vers l’année 2000, qu’il n’y a eu aucun rapport de fait par les professionnels de la santé, aux assurances du travail. A l’hôpital, on m’assignait toujours le même psychiatre. Je ne parvenais jamais à ce qu’on m’en assigne un nouveau, pour des raisons professionnelles et importantes: je me suis réconciliée bien malgré moi, vue d'un regard lointain, avec ce "psy"; ce n'est qu'ensuite, que l'on m'a assigné un nouveau psychiatre; mais il continuait le même dossier, hélas. Voici comment je m'en suis débarassée: je demande à mon médecin traitant de changer de psychiatre. Non, et non et non. Mais il me dit que si je lui trouvais deux qualités advenant à nouveau une autre hospitalisation, qu'il me jurait que je changerait de psychiatre. Alors je consens à attendre le pire ou le meilleur. Voila une rechûte ! Je confie au psychiatre comment je ne l'aime pas du tout et patati et patata, alors je lui confie ma conversation avec mon médecin. Il sourit quand je lui dis que je viens de lui trouver une première qualité: il me fait confiance en me libérant pour aller au village prendre un café et écrire etc. Voilà que ses yeux deviennent d'un bleu ciel et je lui en fais part; mais là il fait un de ses beaux sourires rassurants. Alors je lui confie que je viens de lui trouver une deuxième qualité: comme vous avez de beaux yeux Monsieur le Docteur ! Hop-là, il me transfère lors de ma rencontre à son bureau pour visite de routine. Voyez-vous comment j'ai vraiment surmonté une énorme épreuve ! Quelle chance de me débarrasser de lui; mais en réalité, j'avais même ressentie une légère déception. Vrai de vrai ! Si bien que je garde plus rancune à ce Docteur; sauf à ses comportements abusifs. Si bien que parfois je me questionne à savoir: peut=être a-t-il agit ainsi pour me confronter au maximum, en sachant que ma force intérieure m'aiderait à sortir de là ? Des abus de pouvoir à raconter pour que cela ne se produise plus ! Par la suite de ce deuxième accident d’auto au travail, le Docteur Prud’homme m’a tellement questionné à savoir, si j’avais essayé de faire une tentative de suicide. Quoi? Une tentative de suicide, moi ? Jamais je n’ai eu de pensées pour m’enlever la vie. Encore là, je n’étais pas crue, à la lecture de mes documents médicaux révélateurs. Par contre, dans les semaines suivants cet accident, et tous les soupçons dont j’étais accusée; j’avoue bien tristement avoir eu pour la première fois de ma vie, des idées suicidaires. On était à l’automne 1992; ces pensées sombres venaient et s’en allaient, mais elles m’ont suivies jusqu’à ce geste malheureux du 25 avril 1993. UNE ONCE DE PRATIQUE VAUT UNE TONNE DE THÉORIE (Luc Brières) Assise à la salle d’attente de la physiothérapie de l’hôpital, en janvier 1982, une brochure intitulée : Porter plainte contre un professionnel, attire mon attention. Une association de consommateurs du Québec a sortit cette brochure qui me semblait géniale. La procédure à suivre semble facile, gratuite et accessible au simple citoyen. Je m’exprime intérieurement : Quelle formidable idée mise sur pied, par nos institutions démocratiques. Une pensée sincère m’interpelle : que vont faire nos aînés et nos personnes handicapées en détresse, si je ne porte une plainte contre ce médecin ? JE VOIS DANS MA BOULE DE CRISTAL Je ne me méfiais pas que cette noble réflexion du cœur, serait cataloguée rétroactivement, comme une pensée à caractère paranoïde, dix années plus tard. Je ne me souciais encore moins, que cette élémentaire démarche administrative, ébranlerait ma vie de simple citoyenne, confiante presque aveuglément au système de santé et de justice administrative, établie au Québec. BRISER LE MUR DU SILENCE Je ressens mon cœur battre la chamade dans ma poitrine. Les sentiments de culpabilité et de responsabilité envers les miens, m’envahissent de plus en plus. Complètement décontenancée par un renvoi, je ressens un abandon important de la part d'une personne au pouvoir. Le presto d’émotions refoulées dans mon cœur, explose naturellement sous la forme d’un violent choc émotif, diagnostiqué quelques jours plus tard. Je choisis de briser le mur du silence. Sincèrement, je crois que briser le silence est un pas à franchir dans l’action et dans la guérison des blessures; pour arriver au pardon véritable. Un goût démesuré de donner de la voix à cette rafale d’émotions m’incite à m’exprimer pour la première fois de toute ma vie, sur les ondes d’une tribune téléphonique de la radio. Je m’exprime simplement et librement, mais avec une immense émotivité évidente. Je savais que je prendrais toute la responsabilité des résultats. J’ai donc poursuivie cette route spéciale avec les associations de consommateurs et l’équipe du Protecteur du Citoyen, dans la grande bataille qui a menée jusqu’à la réforme du droit professionnel au Québec. AU PALAIS DE L’INJUSTICE Ma plainte concernant le professionnel de l’hôpital, en 1982, fut rejetée du revers de la main par sa Corporation Professionnelle, en ces termes neutres : On ne peut dire que le médecin n'a pas raison ni que madame n'ait pas aussi raison. UN TIENT VAUT MIEUX QUE DEUX TU L’AURAS Finalement ma décision de faire avancer les choses en ce domaine, fut mise sur la tablette numéro 13 en ce qui concerne ce médecin seulement. Je vous invite à consulter les milliers de pages de documents légaux, si cela vous tient à cœur. De toute façon, je n'arrive jamais à terminer ma lettre pour écrire à l'organisme Accès à l'information, ou aux responsables de ce Tribunal, pour qu'ils enlèvent ces diagnostics et ces paragraphes qui mentionnent la santé mentale; alors, j'ai décidé de procéder à ma façon personnelle, maintenant que ces écrits sont là, depuis environ 5 ans. Vous pouvez aussi vous rendre sur le site public du Tribunal Administratif de la Commission des Lésions Professionnelles du Québec, en cliquant sur "jugements" et vous allez au tribunal ( en date du 23 août 2002) ( CLP) qui ont publié bien des choses sur le sujet: y compris des diagnostics en santé mentale, qui n’avaient rien à voir avec le règlement de l’assurance gouvernementale qui a été menée en 1982 : pour des lésions cervicales et lombaires, seulement. Et, en 1985 une expertise psyciatrique indique que je souffrais d'anxiété causé par les douleurs au dos, et de panique à l'occasion vu le choc émotif. Aucune autre expertise n'a été menée, sauf les prédiction non pas de Nostradamus, mais du Dr Prud'homme, qui m'a collé à vie dans mes dossiers médicaux, et dans mon cœur, le cancer de la santé mentale. Qui vivra verra la suite, quand je pourrai me payer une deuxième expertise psychiatrique, pour faire la lumière sur ma santé mentale. L'important est que si je suis atteint de ce cancer, il est donc encourageant; puisque je serais guérie, vu que je n'ai plus jamais retournée en santé mentale, et plus de médicament sauf pour la douleur physique, et ce, depuis mars 1999. Donc, la skyzophrénie se guérirait ! Quelle merveilleuse découverte médicale ! Ou je suis en rémission depuis 9 ans; ou je n'ai jamais eu ce diagnostic faux. Enfin....! En attendant, je suis étiquettée publiquement comme malade mentale atteint gravement de folie; mais je me console en écrivant, vu que les fous ont aussi droit de s'exprimer librement. J’ai tout de même reçu un prix de consolation, avant de prendre pendant 10 ans, le chemin de la santé mentale : Voici la lettre reçue par la poste, du Protecteur du Citoyen, que je me servirais comme référence ici, et dont je ne cite donc qu’un seul paragraphe : « L’énergie et la persévérance avec lesquelles vous avez cherché à défendre vos droits et à faire corriger les lacunes des mécanismes disciplinaires auront ainsi marqué, et ce, de manière significative, cette étape de développement du droit professionnel au Québec. Cette intervention marquait l’aboutissement d’une recherche d’envergure que vous avez inspirée en alertant le Protecteur du citoyen. Soyez-en à nouveau remerciée ». Vers la fin mars 1990, en prenant connaissance d'un jugement légal et final, qui était contraire à ma réalité vécue; pour la première fois de ma vie, j’ai pris le chemin de la santé mentale, exactement comme mon grand frère Serge. BRISER LA CHAÎNE DU SUICIDE : « Lorsque je prends connaissance de ce document légal, tout à fait contraire à une grande partie de ma vie, il se passe quelque chose d’anormal dans ma tête. Comme une impression de perdre la raison pour ne plus jamais en revenir. Malgré mes profondes convictions, je ne peux échapper au cul-de-sac de ma condition de santé. Ma seule porte de sortie : prendre le triste chemin de la santé mentale ; c’est -à dire, pour moi, le chemin de l’asile psychiatrique ». L’HOMME NE PEUT DÉCOUVRIR DE NOUVEAUX HORIZONS À MOINS D’AVOIR LE COURAGE DE PERDRE DE VUE LE RIVAGE. (André Gide, sachons ouvrir nos esprits). Complètement épuisée physiquement, émotionnellement et psychologiquement, je déclare à la fin mars 1990, une faillite personnelle inévitable. Tous les fantômes du passé me hantent dans cette odyssée au fond de ma mémoire, de mes souvenirs et de ma conscience. Comme dans un semi coma individuel et collectif, je traverse péniblement quelques pleines lunes. Plus souvent qu’à mon tour, je me réfugie dans les ternes et froids couloirs des urgences des hôpitaux ; autant pour soulager la douleur physique chronique, que, celle de mon esprit et de mon cœur. CHERCHEZ ET VOUS TROUVEREZ Une longue quête de vérité débute en mars 1990. Je sens le besoin de redonner un nouveau sens à mon existence et de réviser en profondeur mes croyances et mes valeurs. Des sujets actuels de notre société, m’interpellent à travers ce vécu : le suicide de mon frère, la santé mentale et les préjugés, les recours devant les tribunaux administratifs et la justice, la médecine traditionnelle et la médecine douce, la foi religieuse en contradiction avec la science y compris les phénomènes dits spirituels, paranormaux ou psychiatriques. Contrairement à ma foi spontanée et aveugle d’autrefois, je choisis de poursuivre cette nouvelle route selon le mode de vie des douze étapes des Émotifs anonymes ; c’est-à-dire, selon la foi de Saint-Thomas. Pour adhérer dorénavant à une théorie ou à une valeur, je dois en vivre moi-même l’expérience ou voir de mes propres yeux. QUAND JE SERAI GRANDE, JE FERAI COMME TOI Vers l’automne 1992, je visionne dans un autre rêve, mon frère décédé par le suicide, en janvier 1971. Une scène étrange et éprouvante se déroule sous mes yeux : Serge, tout penaud, face à face avec son cadavre meurtri, gisant dans une énorme mare de sang. Comme une nette impression de faire un voyage aller-retour, non seulement dans le passé de Serge, mais aussi dans sa réalité invisible. Il m’invite à regarder ce diaporama d’autrefois, survenu dans sa chambre de notre maison familiale. Je vois très bien l’arme à feu, à côté de son corps sans vie. Je constate, sans l’ombre d’un doute, que sa bévue a irrévocablement tourné en eau de boudin. Serge semble désemparé, impuissant et isolé depuis la nuit des temps, dans sa terrifiante solitude. Ce rêve spécial me met en déroute et pique ma curiosité et m’incite à demander de l’aide. Serge semble désemparé, impuissant et isolé depuis la nuit des temps, dans sa terrifiante solitude. Ce rêve spécial me met en déroute et pique ma curiosité et m’incite à demander de l’aide. DEMANDE DE L’AIDE Un manuscrit intitulé : Ma maison de paix, était déjà inscrite dans le fond de mon âme. Auparavant, il me fallait encore suer sang et eau, c’est-à-dire : Sortir de l’ombre. En janvier 1993 seulement, je parviens à confier au médecin, mes premières pensées suicidaires. Sous sa recommandation, je me rends à l’hôpital pour y être hospitalisée. On me dit : « Pas de lit à l’urgence ». Reconnue comme soutien financier avec restrictions sévères à l’emploi à l’aide sociale, à l’automne 1992, je n’entrevois plus aucune lumière au bout du tunnel. À l’âge de trente-six ans, on me condamne à croupir dans l’inaction. Le pire est que je croyais fermement dans ma grande vulnérabilité, cette noire prophétie. Les plus sombres pronostics médicaux planent au dessus de ma tête comme une épée Damoclès. Le 31 mars 1993, on me déclare invalide permanente auprès de la Régie des Rentes du Québec en invoquant un cancer incurable. Mon premier rendez-vous d’une durée de quinze minutes avec le psychiatre Prud’homme m’étampe une sale étiquette au front et dans mes dossiers médicaux, du plus lourd diagnostic en santé mental : le cancer de la santé mentale. Le plus désolant est qu'il n'a jamais accepté que je lui parle de mes démarches publiques dans les médias etc. Je n'avais donc plus personne à qui me confier sur le plus important fardeau que je portais avec difficultés. Pourquoi m’essouffler à donner des coups d’épée dans l’eau ? Le "Psy" Prud’homme est le cousin propre d’un médecin qui travaille en équipe, avec celui à qui j’avais porté ma plainte à l’hôpital. Et ce "psy" n'a jamais accepté que je me confie sur le sujet qui venait de se produire dans ma vie sur une période échelonnée de 1981 à 1990. Je fais mon deuil de tous mes rêves, mes espoirs et buts qui habitaient si discrètement, le creux de mon cœur. Convaincue que ces insoutenables douleurs physiques sont réellement imaginaires et bénignes, je consens bien malgré moi à vendre mon âme au diable, en adhérant à la folie. Je deviens peu à peu, une morte vivante condamnée à la prise de remèdes à vie et à l’assistance sociale, c’est-à-dire à la pauvreté et à la maladie pour le reste de mes jours. L’accès pour revenir à la santé, la mince possibilité de me sortir des servitudes et de me délivrer de ce joug, me fut interdit à tout jamais. L’opinion du savant spécialiste était toute faite d’avance. Accepter ce verdict signait mon rejet de la vie en abondance, ainsi que la possibilité de guérison ou de rémission, promis par Jésus de Nazareth et inscrit dans les saints évangiles. Une minime lueur d’espérance me laissait entrevoir qu’on ne me mettrait jamais hors de combat. Après tout, le "psy" Prud’homme avait peut-être raison lorsqu’il disait que les artistes sont à peu près tous des skyzophrènes. Au moins, je ne me sentais plus seule dans ma souffrance, puisque j'étais une personne mélomane, qui admirait et appréciait les gens au talents artistiques. Plus les jours filaient, plus les idées suicidaires revenaient en force. Si bien que…! UNE VICTIME D’ERREUR MÉDICALE 5’ 6 `` SUR TERRE EST PLUS DÉRANGEANTE QU’UNE VICTIME D’ERREUR MÉDICALE 5” 6 ``SOUS TERRE L’histoire nous démontre que peu de personnes ont la possibilité de raconter leurs expériences vécues à l’asile psychiatrique ou encore partager leurs tentatives de suicides, puisque plusieurs en sont décédés. Les autres se sentent honteux comme je me suis sentie très longtemps, et préfèrent rester dans l'ombre, comme je l'ai vécu pendant plus de dix ans. Et c'est tout à fait comprenable humainement. Ce n’est pas donné à tous de rendre témoignage de faits aussi bouleversants. Je profite de cette chance qui passe dans ma vie en espérant que des gens seront touchés par mes propos. Si seulement une seule personne change d’optique et choisit de poursuivre sa route, envers et contre tous, grâce à ce témoignage, alors je ne l’aurai pas écrit en vain. Ce doit être réellement triste et souffrant de se retrouver impuissant devant la fatalité du suicide et de ne pouvoir dire aux siens comment on regrette ce geste de désespoir. Sincèrement, je crois que ce doit être la plus grande souffrance que peut expérimenter un être humain. Étant très ignorante à ce sujet dans le sens de la science, je laisse aux connaisseurs des grandes vérités, le soin d’enseigner les vraies vérités afin que nous puissions tous sortir de tant d’ignorances. Même si le suicide concerne la personne qui pose le geste, je crois aussi que c’est un problème de société. Je suis convaincue que nous avons tous une responsabilité individuelle et collective face à ce fléau de société. Quelques semaines plus tard, en avril 1993, je participe à un atelier d’art thérapie lors d’un autre séjour à l’hôpital psychiatrique. J’ai demandé à nouveau à être hospitalisée pour de sérieuses idées suicidaires. Je m’exprime autant par la parole que par un dessin révélateur de mes idées noires. Un dessin représentant ma chanson favorite de Félix Leclerc « BOZO » démontrait l’isolement dans cette souffrance. De plus, le rapport du professionnel à l’atelier d’art thérapie indique clairement : « Il est difficile pour Madame de verbaliser ce que signifie son dessin. Elle nous fait part de la solitude qu’elle ressent depuis qu’elle est séparée. Elle se dévalorise de la perte de son emploi, qui l’affecte. Madame nous dit qu’elle songe à se suicider pour mettre fin à ses problèmes ».La mention du professionnel de la santé, Dr Prud’homme : « Vers la mi-avril 1993, elle s’est présentée d’elle-même à l’hôpital pour y être admise, parce que depuis une quinzaine de jours, elle éprouvait de l’insomnie, de l’anxiété, de la tristesse, ainsi que des préoccupations suicidaires. Trois jours après son arrivée, elle décidait de repartir. Elle ne présentait pas de symptômes psychotiques, pas plus qu’un syndrome dépressif ayant les caractéristiques d’une dépression majeure ». Étonnée d’apprendre que je ne souffre pas de dépression, je demande à quitter l’hôpital, avec l’intention sincère de garder le moral. Comme la répétition d’une chaîne d’évènements non résolus, un banal événement déclencheur m’indique pourtant la réelle gravité de mon minable état de santé. UN IMPORTANT LIEN DU PASSÉ REMONTE EN SURFACE Par un beau dimanche de printemps du 25 avril 1993, je me rends à un déjeuner au restaurant, en compagnie de deux personnes chères. A ce stade-ci de ma vie, je préfère ne jamais indiquer les réels prénoms des personnages, afin de préserver leur intimidé. Ces moments chaleureux représentent pour moi un grand réconfort. Ces agréables rencontres amicales me permettent de poursuivre une thérapie personnelle. Lorsqu’ils quittent le restaurant alors que de mon côté, je retourne chez moi à pied, je jette un bref regard vers mon ami. Comme par hasard, il se retourne au même moment. Nos regards se croisent pendant quelques secondes. Il m’envoie un signe d’au revoir de sa main, accompagné d’un triste sourire. Le film du dernier souvenir de Serge refait surface, avec une force exceptionnelle, dans ma mémoire. La fragilité émotive et psychologique ajoutée à la douleur physique chronique « qui rend fou » (terme de Radio Canada), me pousse à essayer de tirer ma révérence. LA CHAÎNE DU SUICIDE SE POURSUIT Dès mon arrivée chez moi, je me prépare pour une très longue nuit de sommeil. Agenouillée pour une dernière prière du cœur, je m’adresse à mon véritable ami que l’on m’a présenté dans mon enfance, réel ou irréel, mais finalement, imaginaire : Jésus, merci de m’accompagner dans ce grand voyage et pardonne-moi sincèrement ce geste de désespoir. Je ne suis plus le maître à bord de mon navire. Convaincue de la validité de mon billet de transport « aller seulement », pour l’au-delà, j’avale à une vitesse incroyable les nombreux comprimés pour dormir à tout jamais. À travers l’épais brouillard de mon esprit souffrant et malade, une minuscule pensée de sagesse intérieure me dissuade, le temps de deux interminables secondes, de rebrousser chemin. Comme une vague impression que mon compagnon de route m’accompagne toujours, peu importe mon choix. Tout se passe trop rapidement. Seule la douleur chronique au dos, tenace et insoutenable, m’incite à poursuivre la plus souffrante et désespérante de toutes mes expériences humaines. DANS UNE DIMENSION TRÈS PLATONIQUE... Mon cercueil temporaire fut la baignoire froide et heureusement vide située à côté de l’évier où je consommais les multiples remèdes pour tenter d’en finir définitivement avec la souffrance. Je séjourne, prisonnière de ce tombeau, deux longues journées entières. Ici, il n’y a plus vraiment de temps. Il me semble que je vais y rester toute l’éternité. Le bref souvenir conscient de ce tragique instant restera toujours gravé dans ma mémoire. Comme si j’étais dans une dimension nouvelle, mais tout à fait platonique et ennuyante, j’observe, impuissante mon ami me crier à tue-tête : Patricia, pourquoi tu as fait cela ?. Quelle immense et indescriptible douleur morale de ressentir jusqu’au plus profond de son être, ce désagréable sentiment de regret et d’impuissance ! Si j’avais pu capter le message du rêve de mon frère, cette seconde bévue même révocable, aurait pu être évitée. Si au moins, je pouvais lui expliquer ce sincère repentir déjà logé dans mon cœur. POUR TE RÉPONDRE BEL AMI DE TOUJOURS... Si j’ai posée ce geste malheureux, c’est parce que j’avais conservé dans un petit tiroir secret, la possibilité de m’enlever la vie, advenant qu’on me conduise encore à l’asile si je ne contenais pas mes émotions, lors d’une prochaine crise de douleurs physiques. Et, quand on se garde une telle porte de sortie, il risque de survenir ce qu’on appelle : UN IMPORTANT LIEN. Il est important de fermer complètement toutes les portes aux idées suicidaires; sinon, le pire nous attend au détour, et ce, quand on ne s’y attends pas. Dans mon cas, ce lien est survenu, alors qu’une personne chère, m’a salué amicalement et tristement. Je réserve le prochain paragraphe, en souvenir d’un rêve de mon grand frère Serge, qui sûrement m’avertissait que ce geste malheureux, ne servirait pas du tout, à quitter mes souffrances; mais à en ajouter des nouvelles. Je n’ai compris que bien trop tard, cet avertissement par un rêve, que voici : QUAND JE SERAI GRANDE, JE FERAI COMME TOI Vers l’automne 1992, je visionne dans un autre rêve, mon frère décédé par le suicide, en janvier 1971. Une scène étrange et éprouvante se déroule sous mes yeux : Serge, tout penaud, face à face avec son cadavre meurtri, gisant dans une énorme mare de sang. Comme une nette impression de faire un voyage aller-retour, non seulement dans le passé de Serge, mais aussi dans sa réalité invisible. Il m’invite à regarder ce diaporama d’autrefois, survenu dans sa chambre de notre maison familiale. Je vois très bien l’arme à feu, à côté de son corps sans vie. Je constate, sans l’ombre d’un doute, que sa bévue a irrévocablement tourné en eau de boudin. Serge semble désemparé, impuissant et isolé depuis la nuit des temps, dans sa terrifiante solitude. Ce rêve spécial me met en déroute et pique ma curiosité et m’incite à demander de l’aide. J'ai tant essayé de chercher de l'aide ! J'assume l'entière responsabilité de ce geste de désespérance. Ce n'est ni un geste courageux, ni un geste de lâcheté. C'est la seule et unique façon que je voyais, pour mettre un terme final aux douleurs physiques et morales ajoutées. Croyez-le ou non, mais dès mon réveil du semi coma, je ne me suis jamais sentie coupable ou ressentie du remords; mais seulement un grand repentir et un goût très fort pour essayer de partager et réparer dès que je le pourrai, à ma façon personnelle. ET SI PAR HASARD….. Dans un semi coma aux soins intensifs de l’hôpital, j’entrevois à mon chevet les membres de ma famille réunis pour un dernier au revoir. J’aperçois avec des yeux nouveaux tous les visages de l’Amour J’entends, à deux reprises une douce et apaisante voix intuitive intérieure, située dans la région de mon cœur : « Merci mon Dieu, tu me laisses une deuxième chance ». Par contre, je ne peux exprimer aux miens que je reste vraiment avec eux. Je ressens alors une peine d’une intensité si profonde que je ne peux décrire. Depuis ce jour-là, je redis sincèrement chaque matin, un véritable OUI à la vie, et ce, peu importe le degré de douleur physique, morale ou spirituelle qui fait partie de la condition humaine. L’HOMME EST À SON MEILLEUR, QUAND TOUTES LES CHOSES SONT AU PIRE J’ai toujours assumé et j’assumerai jusqu’au bout, la responsabilité de ce malheureux geste de désespérance, de ce grand cri de souffrance et d’ignorance. La seule différence, d’hier à aujourd’hui, c’est que je rejette une partie du lourd fardeau qui ne m’appartenait pas entièrement et tout à fait complètement. Ma petite croix personnelle me suffit amplement. L’assistance de professionnels hautement qualifiés me serait nécessaire pour décrire correctement ces instants privilégiés racontés dans une optique nouvelle. Peu importe les termes utilisés pour partager mes expériences personnelles, je grille d’envie depuis si longtemps de transmettre mon message, avec le plus de justesse et d’exactitude. Au-delà des différences de croyances, de culture ou de religions, tous les chemins mènent à son cœur d’enfant. BRISER LA CHAÎNE DU SUICIDE Ce n’est que le 8 août 1997, que j’ai eu l’étonnante surprise de ma vie. Sur une simple radiographie suivie d’un scanneur osseux, on découvre enfin que ma hanche gauche est égrenée et l’os principal tout pourri. Je suis opérée d’urgence le 22 août 1997 pour recevoir une hanche bionique. Deux diagnostics sont suggérés, mais aucun ne fut établi; sauf à Québec en l’an 2000 : nécrose avasculaire de la hanche gauche. Ma consolation : Plus jamais je n’adhèrerai à la théorie de la folie ! C’est sur ces mots que je termine la première partie decce mini roman réalité, pour faire avancer la grande cause sociale de la prévention du suicide au Québec. Ce n’est pas évident de raconter ces faits délicats du passé; mais peu peuvent le faire. C’est pourquoi je me suis dit : Tant qu’à n’avoir pas de travail depuis longtemps, ni même de bénévolat; pourquoi ne pas mettre la main à la pâte, dans un grand dossier d’intérêt public. A mon avis, la prévention du suicide ou l’expression du désespoir devrait être une priorité nationale. Patricia Turcotte © Le 30 mai 2008Chiffon | 2008-05-25 12:12:26
